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63rd IFLA General Conference - Conference Programme and Proceedings - August 31- September 5, 1997

RELATIONS ENTRE LE SECTEUR PUBLIC ET LE SECTEUR PRIVE DANS LA PRODUCTION DES BIBLIOGRAPHIES NATIONALES : LE MODELE DANOIS

Kirsten WANECK
Deputy Director,
Dansk BiblioteksCenter A/S


RÉSUMÉ

La bibliographie nationale danoise est élaborée en grande partie par une société privée, le Dansk BiblioteksCenter (Centre danois des bibliothèques), également responsable du catalogage centralisé danois et du fonctionnement de la superstructure bibliographique danoise, le système DanBib. Ce texte décrit les relations entre le gouvernement, qui a pour mission d'élaborer la bibliographie nationale, et le Centre danois des bibliothèques à qui le gouvernement délègue cette responsabilité. On trouvera décrit ici les termes du contrat en vigueur avec le Centre danois des bibliothèques, et en particulier les aspects d'organisation et de gestion, la coopération entre la bibliothèque nationale et le dépôt légal, la coopération avec les éditeurs et les moyens utilisés pour développer les actions de gestion et améliorer la qualité. En fin de compte, la bibliographie nationale danoise est considérée comme étant de bonne qualité en ce qui concerne l'exhaustivité et l'actualité du recensement et les descriptions bibliographiques. Parce qu'il est élaboré par une société privée également responsable du catalogage centralisé, le travail en matière de recensement bibliographique est très rationnel du fait de cette mise en relation entre la bibliographie nationale et le catalogage centralisé.


PAPER

La bibliographie nationale danoise est élaborée en grande partie par une société privée, le Centre danois des bibliothèques, et pour une petite partie par la bibliothèque nationale, la Bibliothèque royale. Est-ce, selon un point de vue européen, une façon non conventionnelle de produire la bibliographie nationale du pays que de mettre en concurrence la bibliothèque nationale ? Ou bien est-ce que le modèle danois, reposant sur une agence bibliographique privée, propose une manière efficace et économique d'élaborer une bibliographie nationale exhaustive et courante. Dans mon texte je décrirai le modèle danois en insistant sur les aspects d'organisation et de gestion y compris sur les actions de coopération que ce modèle induit.

Historique :

D'abord quelques repères historiques. Le fait que ce soit le Centre danois des bibliothèques - et avant lui le Bibliotekscentralen (le Bureau danois des bibliothèques) - qui ait élaboré la bibliographie nationale danoise depuis les années 1940 s'explique par la vieille tradition danoise de coopération entre toutes les bibliothèques et d'adoption de solutions collectives. En 1939, le Folkebibliotekernes Bibliografiske Kontor (Centre bibliographique pour les bibliothèques publiques ) (qui allait devenir plus tard le Bureau danois des bibliothèques puis l'actuel Centre danois des bibliothèques) lança le catalogage centralisé et la production de fiches catalographiques imprimées pour les bibliothèques publiques. La bibliographie nationale était élaborée par une maison d'édition, Gad, qui en ayant recours à des bibliothécaires de la Bibliothèque royale élaborait la Bibliographie nationale danoise - Livres depuis 1841. En fait, la responsabilité de la bibliographie nationale n'a jamais été confiée à la bibliothèque nationale.

La principale raison pour laquelle l'élaboration de la bibliographie nationale a été transférée au Bibliotekscentralen dans les années 1940 était la mise en relation de la bibliographie nationale et du catalogage centralisé. On a supposé que le fait de confier les deux fonctions à la même institution permettrait d'éviter le double enregistrement. Une clairvoyance qui se justifie aujourd'hui. Le financement de la partie de la bibliographie nationale prise en charge par le Bibliotekscentralen était fait de deux façons : le gouvernement danois donnait une petite contribution (environ 20 % du coût) alors que la majeure partie du financement venait de la vente par le Bibliotekscentralen des bibliographies nationales imprimées. Les plus gros clients étant les bibliothèques municipales, et en fait depuis le milieu des années 1980 ce sont les municipalités qui ont financé la majeure partie de la bibliographie nationale danoise.

En 1979 une commission des bibliothèques recommanda que la bibliographie nationale ait un financement entièrement gouvernemental et depuis 1986 le gouvernement a pris en charge l'élaboration de la bibliographie nationale. Seuls les index de la bibliographie nationale continuèrent d'être élaborés là où ils l'avaient toujours été, respectivement au Bibliotekscentralen et à la Bibliothèque royale. Un accord sur l'organisation du travail devait avoir lieu entre le Ministère des affaires culturelles et le Bibliotekscentralen. Pour diverses raisons l'accord pris du retard et en 1991 le Bibliotekscentralen rencontra de sérieuses difficultés financières et fit faillite à cause des difficultés d'une filiale [...]. Tout de suite après la banqueroute du Bibliotekscentralen, le Centre danois des bibliothèques fut créé et aussitôt l'accord sur l'élaboration de la bibliographie nationale fut passé entre le Ministère des affaires culturelles et le Centre danois des bibliothèques.

Les contraintes d'une agence bibliographique nationale :

A quelles exigences doit satisfaire une agence bibliographique nationale indépendamment de son contexte public ou privé ? Les recommandations de l'Unesco sur l'agence bibliographique nationale et la bibliographie nationale (1) définissent une agence bibliographique nationale de la manière suivante :

Comment peut-on évaluer la qualité du travail effectué par l'agence bibliographique nationale ? Dans une communication sur le rôle d'une agence bibliographique nationale (2) présentée au Séminaire IFLA CBU/UNIMARC de Vilnius en 1984, le président de la Section de bibliographie de l'IFLA, Ross Bourne, résume ainsi les critères à prendre en compte concernant le recensement :

sont, dit-il, "au coeur d'une bonne contribution nationale à un contrôle bibliographique universel idéal. Ils peuvent être mesurés ou tout au moins étudiés par échantillon, mais mon sentiment est que les bibliothèques ont un long chemin à faire avant d'adopter complètement le principe de ce que l'on pourrait appeler la comptabilité bibliographique, ou la mesure objective (plutôt que subjective et souvent préconçue) de ces importants services.

Comment le gouvernement en tant que responsable de la bibliographie nationale et l'agence bibliographique nationale mandatée par le gouvernement pour faire le travail, satisfont-ils chacun à ces exigences pour mener à bien le recensement bibliographique national ?

Le modèle danois

Je vais décrire comment le travail est effectué selon le modèle danois, et ce qui revient à chacun des principaux acteurs. Les principaux acteurs sont :

Le rôle du gouvernement

La principale tâche du gouvernement est de garantir l'élaboration de la bibliographie nationale danoise avec un bon niveau de couverture, d'actualité et de qualité, dans un cadre financier acceptable, et la mise à disposition du public des données bibliographiques ainsi produites.

Le Ministère des affaires culturelles agit pour le compte du gouvernement comme donneur d'ordre et directeur des opérations en relation avec le Centre danois des bibliothèques. Pour réaliser ces fonctions, le Ministère des affaires culturelles dispose des moyens suivants : établir un accord avec le prestataire, définir les règles et les normes qui doivent être appliquées, garantir aux utilisateurs un droit de regard sur la bibliographie nationale, suivre et contrôler régulièrement le travail fait.

L'Accord sur la bibliographie nationale danoise

En 1991, le Ministère des affaires culturelles et le Centre danois des bibliothèques ont signé le "Aftale om Nationalbibliografien" (3) (l'Accord sur la bibliographie nationale danoise). L'accord précise le contenu et le cadre financier de la partie de la bibliographie nationale prise en charge par le Centre danois des bibliothèques, à savoir :

L'accord a une durée limitée, il expirera en 2001. Par ailleurs, le gouvernement peut prendre des sanctions financières contre le Centre danois des bibliothèques si le nombre de notices figurant dans l'accord n'est pas atteint. Enfin, le Centre danois des bibliothèques dispose d'une sécurité pour un montant correspondant à 3 mois de salaire pour les employés rédigeant la bibliographie nationale. Ce qui veut dire que si le centre danois des bibliothèques, pour quelque raison que ce soit, n'était plus en mesure de faire le travail, le gouvernement a la possibilité dans un court délai de confier le travail à quelqu'un d'autre.

Définition des règles et des normes

Le principe est acquis que c'est le Ministère des affaires culturelles - en pratique l'Autorité de la Bibliothèque nationale danoise - qui a la responsabilité de définir les règles et normes qui sont appliquées pour l'élaboration de la bibliographie nationale. L'Autorité de la Bibliothèque nationale danoise a délégué le travail au Comité danois pour les catalogues électroniques de bibliothèques, qui est l'organe professionnel de contrôle de l'Autorité de la Bibliothèque nationale danoise pour le catalogage, la classification et le formatage. Le Centre danois des bibliothèques participe aux réunions tenues par le Comité danois pour les catalogues électroniques de bibliothèques, mais la responsabilité de définir les règles revient à l'Autorité de la Bibliothèque nationale danoise.

Le contrôle bibliographique national

L'Autorité de la Bibliothèque nationale danoise reçoit régulièrement des recommandations du Conseil bibliographique national en ce qui concerne la bibliographie nationale. Au sein de ce Conseil toutes les parties intéressées et les utilisateurs de la bibliographie nationale sont représentés : les bibliothèques publiques, les bibliothèques scolaires et de recherche, les bibliothèques dépositaires et l'industrie du livre. Le Centre danois des bibliothèques a un observateur au Conseil bibliographique national qui a un droit de parole mais pas un droit de vote. Le Conseil rédige un rapport annuel, dans lequel il indique dans quelle mesure les objectifs fixés par l'accord sur la bibliographie danoise ont été atteints.

Le rôle du Centre danois des bibliothèques

Le rôle du Centre danois des bibliothèques (4) est en fait celui d'un prestataire qui a pour mission de produire la bibliographie nationale rapidement et avec une qualité permettant une réutilisation optimale des données par les bibliothèques et l'industrie du livre. Le travail doit ausi être exécuté dans un cadre financier donné.

En outre le Centre danois des bibliothèques doit aussi effectuer le travail dans le cadre des structures de l'entreprise et en tenant compte des objectifs de gestion - financiers et professionnels - que le Bureau exécutif a défini. Voici une brève description du Centre danois des bibliothèques. Le Centre danois des bibliothèques est une entreprise de première importance dans la communauté des bibliothèques danoises. Les principales fonctions sont le recensement bibliographique, à la fois pour la bibliographie nationale et le catalogage centralisé, mais aussi le fonctionnement et le développement de la superstructure bibliographique danoise, le système DanBib, qui inclut le catalogue collectif commun aux bibliothèques publiques et de recherche du Danemark. Le Centre danois des bibliothèques est une société à responsabilité limitée et les propriétaires sont Kommunernes Landsforening (Association nationale des autorités locales), la Ville de Copenhague, le Gouvernement national (représenté par le Ministère des affaires culturelles), et Gyldendal (une maison d'édition privée). Des intérêts municipaux, gouvernementaux et privés sont représentés parmi les propriétaires du Centre danois des bibliothèques, ce qui est en soi remarquable à l'échelle du Danemark. De plus, la différence de point de vue - courante au Danemark - entre le secteur gouvernemental et le secteur municipal, a été réduit au sein du Centre danois des bibliothèques, du fait qu'il milite pour une utilisation optimale des données de la bibliographie nationale.

Pour être mené à bien le travail bibliographique national exige une organisation résolument tournée vers le développement, un personnel constitué de professionnels, des procédures de travail rationnelles et une volonté de changement. Une ouverture de l'organisation, au moins financièrement, est aussi un atout. Le Centre danois des bibliothèques travaille constamment au développement de l'entreprise, de la gestion et du personnel, et utilise des outils de gestion reconnus. Parmi eux je décrirai ultérieurement le contrôle qualité, les comparaisons de performances et les programmes de qualification du personnel comme outils de développement du travail bibliographique national.

Le contrôle qualité

Le Centre danois des bibliothèques est homologué selon la norme ISO 2001. Le système de contrôle qualité couvre tous les domaines du Centre danois des bibliothèques, y compris la bibliographie nationale, et doit garantir le respect de tous les termes de l'Accord avec le Ministère des affaires culturelles. Le contrôle qualité a nécessité une documentation précise de toutes les procédures de travail dans le domaine de la bibliographie nationale. Cet aspect du système de contrôle qualité a porté sur des améliorations et des allègements par exemple en matière de formation pour les nouveaux employés. Ainsi le nombre de notices à produire est fixé par jour, par semaine, par mois. Le nombre à atteindre ainsi que les résultats obtenus pour la journée, la semaine et le mois sont affichés bien en évidence dans les départements de catalogage et c'est un rappel constant et visuel de la tendance d'une courte période de recensement. Finalement ce système de contrôle qualité induit une recherche constante d'amélioration de la qualité.

Les comparaisons de performances

La dernière initiative concernant l'amélioration de la qualité ont été les comparaisons de performances menées entre le Centre danois des bibliothèques et la Kungliga Biblioteket de Stockholm en Suède. Le recours aux comparaisons de performances dans le secteur des bibliothèques et de l'information a été étudié dans le cadre d'un projet de recherche anglais (5), mais autant que je sache, avant cette expérience cela n'a jamais été réalisé entre 2 agences bibliographiques nationales.

Faire une comparaison de performances consiste à comparer votre propre efficacité concernant la productivité, la qualité et les procédures de travail avec celles d'entreprises et d'organismes représentant ce qui se fait de mieux. La Kungliga Biblioteket a été choisie comme partenaire pour cette étude de performances après l'examen des Modèles pour les données bibliographiques nationales (6) qui ont été élaborés pour la DG XIII (Direction générale XIII) de la Commission européenne et dans lesquels les bibliographies nationales des pays de la Communauté européenne sont décrites. Ce qui a surtout déterminé le choix de la bibliographie nationale suédoise comme référence pour la comparaison c'est le fait qu'en Suède, la journée de travail est de 8 heures pour l'enregistrement des livres dans la plupart des entreprises commerciales de production de livres.

La comparaison de performances est une méthode qui étudie de près les procédures de travail, la qualité et l'utilisation des ressources. Toutefois, certains résultats peuvent être réservés à l'usage interne des institutions qui se soumettent aux études comparatives. La comparaison de performances entre le Centre danois des bibliothèques et la Kungliga Biblioteket s'est déroulée sur 2 jours à Stockholm. Les résultats ont été consignés dans un rapport interne (en danois), mais on est en train d'envisager de rendre public une partie des résultats sous une forme facilement accessible. Les deux institutions concernées ont trouvé la procédure utile et profitable, et le Centre danois des bibliothèques a tenu compte des conclusions dans ses activités visant à améliorer la qualité dans le futur. Sans entrer dans les détails, on peut tirer 2 conclusions de la comparaison de performances : la bibliographie nationale suédoise est la plus rapide en ce qui concerne le recensement d'un peu moins de la moitié de la production totale de livres. Mais d'un autre côté, la bibliographie nationale danoise dispose de moins de ressources que la bibliographie suédoise.

Les programmes de qualification du personnel

Les défis que le Centre danois des bibliothèques doit relever en tant qu'agence bibliographique nationale ne sont pas différents de ceux auxquels les agences bibliographiques nationales rattachées à des bibliothèques doivent faire face : l'accroissement des quantités à recenser, les nouveaux médias, le fait que les données descriptives perdent de leur importance au profit de données plus pertinentes, un recensement qui doit toujours être plus rapide et une organisation toujours plus rationnelle. En même temps, on attend dans les années à venir, une modification de la procédure de recensement elle-même, et toutes les institutions impliquées dans le recensement doivent, avec le développement des metadata, réexaminer le travail de recensement bibliographique du point de vue du contenu et de la forme. Le Centre danois des bibliothèques s'attend à ce que les mutations qui sont déjà bien amorcées imposent des changements aux employés et à la Direction. Si la procédure de changement n'est pas lancée dès à présent par un renouvellement des processus de travail, des changements d'organisation et une nouvelle formation des catalogueurs pour leur apprendre à produire aussi des données pertinentes, l'institution risque d'avoir dans quelques années des employés sous-qualifiés et d'être obligée de recruter à l'extérieur de nouveaux employés ayant les qualifications requises. Pour éviter une telle situation paradoxale, le Centre danois des bibliothèques a mis sur pied l'an dernier un vaste programme de qualification du personnel. Tout d'abord, le programme a commencé par la recherche d'une même compréhension du futur développement par la Direction et par les employés. Puis, toujours en accord avec la Direction et les employés, tout en décrivant les enjeux, on a exposé le programme aux employés et à la Direction. Et enfin, un certain nombre d'initiatives ont été prises, qui devraient donner à chaque employé la possibilité d'être à la hauteur des exigences du futur. Ceci est pris en compte dans les demandes de formation, la politique salariale et l'organisation du travail. Les 150 employés ont participé à un séminaire de 3 jours où la coopération, l'aptitude au changement et la volonté de changer étaient au programme.

Les bibliothèques dépositaires

C'est un des domaines dont il est souvent question quand on présente le modèle danois en relation avec le dépôt légal. Est-il possible d'élaborer la bibliographie nationale d'une façon rationnelle sans lien avec le dépôt légal ?

Il y a 2 bibliothèques dépositaires au Danemark : la Bibliothèque royale, qui joue à la fois le rôle de bibliothèque nationale et de bibliothèque universitaire pour les sciences humaines à l'Université de Copenhague, et la Bibliothèque universitaire et d'Etat, qui abrite la Collection d'Etat des médias, agissant comme "bibliothèque nationale" pour les émisions radiophoniques et télévisées et pour les phonogrammes musicaux.

La Bibliothèque royale

Il y a 10 ans, la coopération entre la bibliothèque nationale et le Centre danois des bibliothèques était caractérisée par une forte compétition et une rivalité professionnelle de grande envergure. Et ce particulièrement à la fin des années 1980, au moment de la négociation de l'Accord sur la bibliographie nationale. Aujourd'hui cette situation a fait place à une coopération bien rodée et constructive. Des accords existent entre la Bibliothèque royale et le Centre danois des bibliothèques sur :

La Bibliothèque universitaire et d'Etat

Depuis sa création en 1987, la Collection d'Etat des médias reçoit du Centre danois des bibliothèques les notices de la bibliographie nationale. Une coopération est en cours pour développer dans le futur les procédures d'échange des données visant à rendre ces échanges automatiques sans que l'intervention d'un catalogueur soit nécessaire.

Les éditeurs

L'industrie du livre

Comme elle est publiée dans la "Liste hebdomadaire" de la revue "Bogmarkedet" (revue commune aux éditeurs et aux libraires), la bibliographie nationale a été pendant plusieurs années l'un des principaux moyens d'information des industriels du livre et la plus importante source d'information des bibliothèques sur les nouveaux livres. La Bibliographie nationale danoise - Livres est publiée toutes les semaines sous une forme électronique dans le système commun à tous les libraires. Aussi fait-on traditionnellement très attention aux délais de recensement dans la Bibliographie nationale danoise - Livres et les plus petits retards provoquent une réaction immédiate de la part des éditeurs.

Le fait que les éditeurs soient très intéressés par un recensement rapide contribue au succès du "Dépôt légal volontaire" qu'ils font auprès du Centre danois des bibliothèques pour 70-75% des titres figurant dans la Bibliographie nationale danoise - Livres. Pendant plusieurs années on a discuté de l'opportunité d'une coopération entre l'industrie du livre et la bibliographie nationale en ce qui concerne le recensement. Le principe selon lequel les données créées une fois (par la chaîne des éditeurs) devraient être réutilisées dans la bibliographie nationale a en fait été adopté. Mais une réelle coopération exigerait pour des raisons techniques, une coopération entre les éditeurs, les libraires et le Centre danois des bibliothèques. Malheureusement le syndicat des libraires, manifestement pour des raisons de concurrence, s'est opposé à une telle coopération en matière de catalogage, car elle pourrait écourter le délai de catalogage de la bibliographie nationale. Cependant, les tentatives de coopération en matière de catalogage se poursuivent à présent de façon bilatérale entre les maisons d'édition et le Centre danois des bibliothèques.

Les éditeurs de non-livres

Le dépôt légal danois -aujourd'hui encore - ne concerne que les documents imprimés, aussi pour les non-livres (musique, son, images, documents électroniques), la bibliographie nationale est élaborée sur la base du "dépôt légal volontaire", de l'emprunt ou de l'achat des documents pour catalogage. Le fait que le recensement des non-livres dans la bibliographie nationale est bon - bien qu'incomplet - est dû au fait que les éditeurs souhaitent utiliser la bibliographie nationale pour informer les bibliothèques sur les nouveaux produits.

Il y a aussi pour les non-livres des possibilités de coopération pertinentes dans le domaine du catalogage, et actuellement le Centre danois des bibliothèques participe, avec des organismes chargés du copyright, à un projet sur les documents musicaux ayant pour but de définir une coopération sur le catalogage des phonogrammes.

La qualité de la bibliographie nationale

Quelle est la qualité de la partie de la bibliographie nationale élaborée par le Centre danois des bibliothèques ? Si on la mesure en fonction du recensement, de l'actualité et de la qualité, on peut dire que la bibliographie nationale danoise est complète, à jour et d'un niveau bibliographique élevé. Elle recense les livres et les non-livres, et depuis le 1er janvier 1996, les documents électroniques sur support constituent une partie de la bibliographie nationale. Elle ne recense pas (encore) les documents Internet, mais un projet mené par le Centre danois des bibliothèques et financé par l'Autorité de la bibliothèque nationale danoise doit mettre en pratique pour la première fois le catalogage des documents Internet en lien avec la bibliographie nationale.

La notion d'actualité repose sur une base considérée comme acceptable par l'industrie du livre et le secteur des bibliothèques étant donné les conditions financières : 4 semaines en moyenne pour les livres, 1 jour pour les articles de journaux et 4 semaines en moyenne pour les articles de revues. Les données de la bibliographie nationale sont rendues publiques par mise à jour quotidienne de la base de données bibliographiques DanBib. Le fait que la bibliographie nationale danoise respecte les normes bibliographiques et contiennent des données exactes permet de déduire sa qualité.

Conclusion

Le modèle danois permet de réaliser une bonne bibliographie nationale avec un fort taux de réutilisation pour le catalogage centralisé. En d'autres termes, le modèle danois rend possible la nécessaire coopération entre les bibliothèques publiques et de recherche, coopération que l'on sent souvent menacée alors que, grâce à Internet, il est plus facile pour une bibliothèque de recherche de coopérer avec une université à l'autre bout du monde qu'avec une bibliothèque publique locale.

L'Accord entre le Centre danois des bibliothèques et le Ministère des affaires culturelles est limité dans le temps, et on peut supposer que le travail bibliographique national sera soumis à un appel d'offres au sein de la Communauté européenne en 2001 de même que d'autres services dépassant un certain montant. Le fait que le Centre danois des bibliothèques vive constamment sous la "menace" de perdre la bibliographie nationale est un défi qui joue forcément un rôle dans la façon dont le Centre remplit sa tâche. Si en 2001 le Centre n'est pas en mesure de fournir la bibliographie nationale la meilleure et la moins chère et est capable de le démontrer, le travail pourrait bien revenir à une autre institution.

Mais la "menace" n'est pas la seule motivation dans le développement bibliographique national. Grâce à la structure de l'entreprise - une société à responsabilité limitée - le Centre danois des bibliothèques dispose d'une certaine marge de liberté et, dans certains cas, peut réagir vite à des tendances de développement, ce dont la bibliographie nationale tire profit.

Le modèle danois tire ses origines d'un certain contexte historique et pas moins de la traditionnelle coopération danoise. On ne peut pas l'appliquer tel quel à d'autres bibliographies nationales, mais heureusement certains aspects du modèle peuvent inspirer de nouvelles façons de mener à bien latravail bibliographique national.

Bibliographie :

  1. Guidelines for the National Bibliographic Agency and the National Bibliography / prepared by the IFLA International Office for UBC. Paris : Unesco, December 1979. II, 50 [24] s (PGI/79/WS/18)

  2. Bourne, Ross : The Role of the National Bibliographic Agency (a slightly revised version of a paper presented at IFLA UBC/UNIMARC Seminar, Vilnius 2-4 June 1994). In : International Cataloguing and Bibliographic Control, Vol.23, N4, October/December 1997, s 64-67.

  3. Aftale om Nationalbibliografien. Indgaet mellem Kulturministeriet og Dansk BiblioteksCenter A/S den 20.12.1991 : Folkeudgave/kompileret af Statens Bibliotekstjeneste [Kobenhavn 1991]. 8 s. + 8 bilag. (Fotokopieret materiale) (L'Accord sur le Bibliographie nationale danoise)

  4. Waneck, Kirsten : Managing the National Bibliography in a Non-governmental Institution. In : Library Management. Vol.15, N7, 1994, p. 6-9

  5. Garod, Penny and Margaret Kinnell : Performance Measurement, Benchmarking and the UK library and Information Sector. In : Libri, vol.46, 1996, p. 141-148.

  6. Commission européenne, Direction générale XIII, Télécommunications, marché de l'information et valorisation de la recherche : Modèles pour la fourniture de services bibliographiques en Europe [rapport final par Michèle Lénart, Tosca Consultants]. Luxembourg : Office des publications officielles des Communautés européennes, 1996. IX-154 p. (Série Bibliothèques dans la société de l'information) [Lenart, Michèle : Models for the provision of national bibliographic services in Europe. Final report. Translated ans edited by the British Library. European Commission, DG XIII - E/4, October 1996.]